
Les chiffres à retenir
- En 2023, l'indice de Gini des niveaux de vie s'établit à 0,297 et le rapport interdécile D9/D1 à 3,49, selon l'Insee
- Le niveau de vie médian atteint 2 228 euros par mois en 2024, en hausse de 1,8 % en euros constants sur un an
- Le taux de pauvreté reste à son plus haut niveau depuis 1996, à 15,4 % en 2024, soit 9,8 millions de personnes
- Dans le secteur privé, le premier décile des salaires se situe à 1 492 euros nets et le neuvième décile à 4 334 euros en 2024
- La France redistribue davantage que la moyenne européenne, ce qui réduit l'écart entre inégalités avant et après impôts et prestations
L'indice de Gini des niveaux de vie en France s'établit à 0,297 en 2023, et le rapport interdécile D9/D1 à 3,49, selon l'Insee. Ces deux indicateurs mesurent l'écart entre les revenus des ménages français, une fois les impôts et les prestations sociales pris en compte.
Ce chiffre s'inscrit dans le dossier prix et niveau de vie du site, aux côtés du seuil de pauvreté et du niveau de vie médian, deux notions indissociables de la mesure des inégalités.
Indice de Gini, rapport interdécile : de quoi parle-t-on exactement ?
Pour comparer les revenus des Français entre eux, l'Insee ne travaille pas directement sur les salaires ou les revenus bruts des ménages, mais sur le niveau de vie. Le niveau de vie correspond au revenu disponible du ménage, c'est-à-dire ce qui reste après impôts directs et après versement des prestations sociales, divisé par le nombre d'unités de consommation (UC) du ménage. Cette division en unités de consommation permet de tenir compte de la taille et de la composition du foyer : un couple avec deux enfants n'a pas les mêmes besoins qu'une personne seule, même à revenu identique.
Une fois ce niveau de vie calculé pour chaque personne, les statisticiens classent l'ensemble de la population du plus pauvre au plus riche et la divisent en dix tranches égales, appelées déciles. Le rapport interdécile, noté D9/D1, consiste à diviser le niveau de vie plancher du dernier décile par celui du premier. Plus ce rapport est élevé, plus l'écart entre le haut et le bas de l'échelle est marqué.
L'indice de Gini repose sur une autre logique, plus synthétique. Il résume en un seul nombre, compris entre 0 et 1, l'ensemble de la distribution des niveaux de vie, et pas seulement les deux extrémités. Un indice de 0 correspondrait à une égalité parfaite, où chaque personne disposerait du même niveau de vie. Un indice de 1 correspondrait à une concentration totale du revenu dans les mains d'une seule personne. En pratique, l'indice de Gini français oscille historiquement autour de 0,29 à 0,30.
Quel est l'indice de Gini en France aujourd'hui ?
Selon l'Insee, l'indice de Gini des niveaux de vie s'établissait à 0,297 en 2023. La comparaison de ce chiffre avec celui des autres pays européens suppose une méthodologie harmonisée, qui n'est pas détaillée dans cet article. L'indice intègre à la fois les revenus d'activité, les revenus du patrimoine, les pensions de retraite, les prestations sociales et les impôts directs, ce qui en fait une mesure globale de la dispersion des revenus disponibles.
L'Insee n'a pas encore publié, au moment de la rédaction de cet article, l'indice de Gini calculé sur les données de 2024. La publication « Niveau de vie et pauvreté en 2024 » de l'Insee, parue le 9 juillet 2026, détaille le niveau de vie médian et le taux de pauvreté pour 2024, mais pas encore le millésime 2024 complet de l'indice de Gini et du rapport interdécile. Le chiffre de référence disponible le plus récent reste donc celui de 2023.
Cette donnée ne se confond pas avec les inégalités de patrimoine, qui relèvent d'une mesure distincte, ni avec les écarts de salaire entre femmes et hommes, qui relèvent d'une autre mesure détaillée dans notre article sur l'écart de salaire femmes hommes.
Rapport interdécile D9/D1 : combien gagnent les plus aisés par rapport aux plus modestes ?
En 2023, le rapport interdécile D9/D1 des niveaux de vie atteint 3,49, selon l'Insee. Cet indicateur a l'avantage d'être facile à comprendre : il se lit directement comme un multiple, à la différence de l'indice de Gini qui demande une lecture plus technique.
Le rapport interdécile a cependant une limite : il ne regarde que les deux extrémités de la distribution et ignore ce qui se passe entre elles, dans les classes moyennes. Deux pays peuvent afficher le même rapport interdécile tout en ayant des répartitions de revenus très différentes au milieu de l'échelle. C'est pourquoi les statisticiens croisent toujours cet indicateur avec l'indice de Gini et avec les seuils de pauvreté, qui apportent un éclairage complémentaire.
Un rapport interdécile proche de celui des salaires permet d'illustrer concrètement cet écart ; un exemple chiffré, construit à partir des déciles de salaires du secteur privé en 2024, est développé plus loin dans cet article.
Niveau de vie médian : combien gagnent réellement les Français ?
Le niveau de vie médian partage la population en deux parts égales : une moitié des personnes vit avec un revenu disponible par unité de consommation inférieur à ce seuil, l'autre moitié vit avec un revenu supérieur. En 2024, selon l'enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) de l'Insee, le niveau de vie médian mensuel s'élève à 2 228 euros pour une personne seule.
Ce niveau de vie médian progresse de 1,8 % en euros constants entre 2023 et 2024, précise l'Insee. En 2023, le niveau de vie médian annuel se situait à 25 760 euros par unité de consommation. Cette progression s'explique, selon l'Insee, par la revalorisation des retraites de base au 1er janvier 2024, par le redressement du pouvoir d'achat des salaires et par le maintien de rendements élevés des placements financiers.
Le niveau de vie médian ne doit pas être confondu avec le salaire médian, qui concerne uniquement les personnes en emploi salarié et ne tient pas compte des autres membres du foyer ni des prestations sociales. Pour comprendre cette différence, on peut se référer à notre article sur le salaire médian en France.
| Indicateur | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|
| Taux de pauvreté (seuil à 60 %) | 14,4 % | 15,4 % | 15,4 % |
| Niveau de vie médian annuel (euros par UC) | non disponible | 25 760 € | 26 740 € |
| Indice de Gini des niveaux de vie | non disponible | 0,297 | non publié à ce jour |
| Rapport interdécile D9/D1 | non disponible | 3,49 | non publié à ce jour |
Source : Insee, enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), « Niveau de vie et pauvreté en 2024 », 9 juillet 2026, et série longue des inégalités de niveau de vie.
Comment ces inégalités ont-elles évolué ces dernières années ?
Le taux de pauvreté est l'indicateur le plus récent disponible dans la durée pour suivre la trajectoire des inégalités. Selon l'Insee, il atteint 15,4 % en 2024, un niveau strictement stable par rapport à 2023, mais qui reste le plus haut enregistré depuis 1996, date de début de la série statistique. Ce taux était de 14,4 % en 2022, ce qui signifie que la hausse constatée entre 2022 et 2023 ne s'est pas résorbée en 2024.
Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan a publié une étude intitulée « Inégalités primaires, redistribution : comment la France se situe en Europe », qui porte sur la comparaison, à l'échelle européenne, des inégalités de revenus avant impôts et prestations sociales (inégalités primaires) et des inégalités après redistribution. Le contenu de cette analyse est présenté plus loin dans cet article.
Sur le marché du travail, le taux de chômage, qui s'élève à 8,3 % au deuxième trimestre 2026 selon l'Insee, agit lui aussi sur les inégalités : les personnes au chômage ou en emploi précaire se retrouvent davantage dans le bas de la distribution des niveaux de vie, tandis que les emplois stables et qualifiés tirent le haut de l'échelle vers le haut.
Avant et après impôts : le rôle de la redistribution en France
Un point souvent mal compris dans le débat public concerne la part que jouent les impôts et les prestations sociales dans le niveau final des inégalités. Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan a consacré une étude à cette question, intitulée « Inégalités primaires, redistribution : comment la France se situe en Europe » (voir sources), qui compare les inégalités de revenus avant redistribution et après redistribution entre la France et les autres pays européens.
Concrètement, les prélèvements obligatoires et les prestations sociales, qu'il s'agisse des allocations familiales, du RSA, des aides au logement ou des pensions de retraite, viennent corriger une partie des écarts constatés sur les seuls revenus d'activité et de patrimoine. L'indice de Gini de 0,297 mesuré en 2023 correspond au niveau de vie après cette redistribution, et non aux revenus bruts avant impôts et prestations sociales.
Seuil de pauvreté et inégalités : deux mesures complémentaires
L'indice de Gini et le rapport interdécile mesurent l'écart entre les différentes tranches de la population, mais ils ne disent rien, en eux-mêmes, du niveau de vie absolu des personnes les plus modestes. C'est le rôle du seuil de pauvreté monétaire, fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian. En 2024, selon l'Insee, ce seuil s'établit à 1 337 euros par mois pour une personne seule. Près de 9,8 millions de personnes vivent sous ce seuil en France métropolitaine, soit 15,4 % de la population.
Ces deux familles d'indicateurs, inégalités et pauvreté, évoluent souvent dans le même sens mais pas toujours au même rythme. Entre 2023 et 2024, le taux de pauvreté est resté stable à 15,4 %, tandis que le niveau de vie médian a progressé de 1,8 % en euros constants : le seuil de pauvreté, qui est calculé à partir de ce niveau de vie médian, a donc lui aussi augmenté en valeur absolue, sans que la part de personnes sous ce seuil ne recule pour autant.
Un exemple concret pour comprendre les écarts
Pour rendre ces chiffres plus concrets, prenons le cas de deux salariés à temps plein du secteur privé. Le premier perçoit le salaire du premier décile, 1 492 euros nets par mois en équivalent temps plein en 2024, selon l'Insee. Le second perçoit le salaire du neuvième décile, 4 334 euros nets par mois. L'écart entre ces deux montants est donc proche de 2,9 fois, un ordre de grandeur voisin du rapport interdécile D9/D1 des niveaux de vie mesuré à 3,49 en 2023 sur l'ensemble des revenus, et non sur les seuls salaires. Ces deux exemples illustrent bien que le rapport interdécile des niveaux de vie, qui intègre aussi les prestations sociales, les revenus du patrimoine et la composition des ménages, ne se résume pas à une simple comparaison de salaires.
Le salaire moyen du secteur privé, qui s'établit à 2 733 euros nets par mois en 2024 selon l'Insee, se situe lui-même nettement au-dessus du salaire médian de 2 190 euros nets, un écart de 19,9 % qui traduit, selon l'Insee, une plus forte concentration des salaires dans le bas de la distribution.
Comment ce chiffre est calculé
L'indice de Gini et le rapport interdécile D9/D1 sont calculés par l'Insee à partir de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), qui combine des données fiscales, des données sur les prestations sociales et une enquête auprès des ménages. Le champ retenu est celui des personnes vivant dans un logement ordinaire en France métropolitaine. Chaque ménage reçoit un niveau de vie égal à son revenu disponible, c'est-à-dire ses revenus d'activité, ses revenus du patrimoine et ses prestations sociales, diminués des impôts directs, puis divisé par son nombre d'unités de consommation. Les unités de consommation attribuent 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus, et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Les personnes sont ensuite classées du niveau de vie le plus faible au plus élevé pour obtenir les déciles, puis l'indice de Gini est calculé sur l'ensemble de cette distribution.
Ce que ces indicateurs ne mesurent pas
L'indice de Gini et le rapport interdécile portent uniquement sur les revenus, et non sur le patrimoine. Les écarts de patrimoine, qui incluent l'immobilier, l'épargne financière et les biens professionnels, font l'objet d'une mesure distincte, publiée séparément par l'Insee, qui n'est pas traitée dans cet article.
Ces indicateurs sont également sensibles au champ retenu. La statistique officielle de l'Insee porte sur la France métropolitaine et sur les personnes vivant en logement ordinaire, ce qui exclut les personnes sans domicile ou vivant en collectivité, des populations souvent parmi les plus précaires. L'indice de Gini a par ailleurs une limite statistique connue : il est relativement peu sensible aux évolutions situées aux deux extrémités de la distribution, c'est-à-dire chez les personnes les plus pauvres et les plus riches, ce qui peut masquer certains mouvements importants au sommet ou au bas de l'échelle.
Enfin, ces indicateurs sont annuels et rétrospectifs : le millésime le plus récent disponible pour l'indice de Gini et le rapport interdécile, au moment de la rédaction de cet article, porte sur l'année 2023, alors que le niveau de vie médian et le taux de pauvreté sont déjà connus pour 2024. Il existe donc toujours un décalage entre le chiffre le plus commenté dans l'actualité et le chiffre réellement disponible pour les indicateurs les plus synthétiques.
Inégalités et pouvoir d'achat : un contexte à surveiller
Les inégalités de revenus ne s'observent pas dans un contexte figé. Au deuxième trimestre 2026, le pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages par unité de consommation recule de 0,6 %, après un recul de 0,2 % au premier trimestre, selon l'Insee. Dans le même temps, le taux d'épargne des ménages se replie à 17,2 % de leur revenu disponible brut, après 17,9 % au trimestre précédent. Un recul généralisé du pouvoir d'achat ne touche pas forcément tous les ménages de la même manière, et les prochaines publications de l'Insee sur les niveaux de vie permettront de mesurer si cette dégradation affecte davantage le bas ou le haut de la distribution.
Pour suivre ce contexte plus large, notre dossier sur le niveau de vie et le pouvoir d'achat rassemble les derniers chiffres de l'Insee sur l'inflation, l'épargne et la pauvreté.
Questions fréquentes
Quel est l'indice de Gini de la France en 2026 ?
Au moment de la rédaction de cet article, le dernier indice de Gini publié par l'Insee porte sur l'année 2023 et s'établit à 0,297. Les données pour 2024 et 2025 n'étaient pas encore publiées par l'Insee à cette date.
Qu'est-ce que le rapport interdécile D9/D1 ?
Le rapport interdécile D9/D1 divise le niveau de vie plancher du dernier décile par celui du premier. En 2023, selon l'Insee, il s'établit à 3,49.
Le niveau de vie médian et le salaire médian, est-ce la même chose ?
Non. Le niveau de vie médian porte sur le revenu disponible de l'ensemble des ménages, divisé par unité de consommation, et intègre les prestations sociales et les revenus du patrimoine. Le salaire médian ne concerne que les personnes salariées et ne tient pas compte de la composition du foyer.
Les inégalités de revenus augmentent-elles en France ?
Selon l'Insee, le taux de pauvreté reste à son plus haut niveau depuis 1996 en 2024, à 15,4 %, et les inégalités de niveau de vie restent à un niveau élevé.
Qui calcule l'indice de Gini en France ?
C'est l'Insee qui calcule l'indice de Gini français, à partir de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), qui combine des données fiscales, sociales et une enquête auprès des ménages.
La France redistribue-t-elle plus que les autres pays européens ?
Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan a publié une étude sur ce sujet, intitulée « Inégalités primaires, redistribution : comment la France se situe en Europe », qui compare les inégalités de revenus avant et après redistribution entre la France et les autres pays européens (voir sources).
Ces chiffres rappellent que les inégalités de revenus ne se résument jamais à une seule statistique. L'indice de Gini donne une photographie globale, le rapport interdécile éclaire l'écart entre les extrêmes, et le niveau de vie médian ou le taux de pauvreté racontent une partie de l'histoire que les deux premiers indicateurs ne montrent pas. Suivre ces chiffres dans la durée, millésime après millésime, reste le seul moyen de distinguer une évolution réelle d'une simple fluctuation statistique.
Sources
- Insee, Niveau de vie et pauvreté en 2024, Insee Première n° 2117, 9 juillet 2026
- Insee, Les niveaux de vie en 2023 (enquête ERFS)
- Insee, série longue sur les inégalités de niveau de vie
- Insee, Les salaires dans le secteur privé en 2024, Insee Première n° 2079, octobre 2025
- Insee, Comptes nationaux trimestriels, deuxième trimestre 2026, 28 août 2026
- Insee, Taux de chômage selon le sexe et l'âge
- Haut-commissariat à la stratégie et au plan, Inégalités primaires, redistribution : comment la France se situe en Europe
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Gaspard Mérindol, rédacteur en chef. Journaliste économique, il explique l'économie française avec les chiffres officiels : dette, emploi, salaires, prix. Chaque donnée est datée et sourcée.


