Prix & niveau de vie

Pouvoir d'achat : définition, calcul, et pourquoi les chiffres ne collent pas au ressenti

Pouvoir d'achat : définition de l'Insee, calcul par unité de consommation, derniers chiffres 2026 et raisons de l'écart avec le ressenti.

Pouvoir d'achat : définition, calcul, et pourquoi les chiffres ne collent pas au ressenti

Les chiffres à retenir

  • Selon l'Insee, le pouvoir d'achat correspond au volume de biens et services qu'un revenu permet d'acheter ; il se calcule comme l'écart entre l'évolution du revenu disponible brut des ménages et celle des prix de leur consommation
  • Au deuxième trimestre 2026, le pouvoir d'achat du revenu disponible brut par unité de consommation recule de 0,6 %, après -0,2 % au premier trimestre, selon l'Insee (Informations rapides n° 212, 28 août 2026)
  • Sur l'ensemble de 2025, le pouvoir d'achat par unité de consommation baisse de 0,7 %, après une hausse de 2,2 % en 2024, selon l'Insee (Insee Première n° 2105, mai 2026)
  • L'unité de consommation attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC par enfant de moins de 14 ans, afin de ramener le pouvoir d'achat à une échelle individuelle
  • Le pouvoir d'achat arbitrable, calculé après déduction des dépenses pré-engagées (logement, énergie, télécommunications, assurances), recule plus fortement en 2025 (-1,1 %) que le pouvoir d'achat du revenu disponible brut total (-0,4 %), selon l'Insee

Le pouvoir d'achat correspond, selon la définition de l'Insee, au volume de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter. Au deuxième trimestre 2026, il recule de 0,6 % par unité de consommation, après -0,2 % au trimestre précédent, et sur l'ensemble de l'année 2025 il baisse de 0,7 %, après une hausse de 2,2 % en 2024.

Cet indicateur, suivi dans le dossier prix et niveau de vie du site aux côtés de l'inflation, revient régulièrement dans le débat public français. Sa définition officielle, sa méthode de calcul et ses limites expliquent pourquoi le chiffre publié par l'Insee correspond rarement à ce que ressent chaque ménage dans son budget.

Qu'est-ce que le pouvoir d'achat, au juste ?

Selon la définition de l'Insee, « le pouvoir d'achat correspond au volume de biens et services qu'un revenu permet d'acheter ». Plus un revenu permet d'acquérir de biens et de services, plus le pouvoir d'achat est élevé ; à l'inverse, si les prix progressent plus vite que ce revenu, le pouvoir d'achat diminue. Cette définition, reprise également par la Banque de France, distingue le pouvoir d'achat du simple montant d'un revenu : deux ménages disposant du même salaire n'ont pas nécessairement le même pouvoir d'achat, si les prix qu'ils payent au quotidien ou le nombre de personnes qui vivent de ce revenu diffèrent.

Mesurer l'évolution du pouvoir d'achat revient donc à comparer deux trajectoires : celle des revenus des ménages, et celle des prix des biens et services qu'ils consomment. Si les revenus progressent plus vite que les prix, le pouvoir d'achat augmente ; dans le cas contraire, il recule. La Banque de France résume ce principe ainsi : on doit comparer l'évolution des revenus par rapport à celle des prix, ce qui revient à exprimer l'évolution des revenus en valeur réelle, c'est-à-dire après correction des effets de l'inflation.

Quel est le pouvoir d'achat des Français aujourd'hui ?

Selon l'Insee (Informations rapides n° 212, « Au deuxième trimestre 2026, le PIB est stable et le pouvoir d'achat des ménages recule nettement », 28 août 2026), le pouvoir d'achat du revenu disponible brut (RDB) des ménages par unité de consommation recule de 0,6 % au deuxième trimestre 2026, après -0,2 % au premier trimestre. Dans le même temps, le taux d'épargne des ménages se replie fortement, à 17,2 % de leur RDB, après 17,9 % au trimestre précédent : les ménages ont donc puisé dans leur épargne plutôt que réduit leur consommation face à ce recul.

Sur l'ensemble de l'année 2025, selon l'Insee (Insee Première n° 2105, « Les comptes de la Nation en 2025 : le PIB ralentit et le pouvoir d'achat des ménages se replie », mai 2026), le pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages recule de 0,4 %, après une hausse de 2,7 % en 2024. Ramené au niveau individuel par unité de consommation, il baisse de 0,7 %, après +2,2 % en 2024. Ce repli tient d'abord à la chute des revenus du patrimoine (-3,9 % sur l'année), en particulier des dividendes versés aux ménages, qui avaient fortement augmenté en 2024, en partie par anticipation d'une contribution différentielle sur les hauts revenus finalement mise en place en 2025. Le ralentissement des revenus d'activité (+1,7 % après +2,8 %) et des prestations sociales (+2,9 % après +6,0 %) contribue aussi à ce recul, tout comme des impôts un peu plus lourds qu'en 2024.

Comment est calculé le pouvoir d'achat des ménages ?

Le calcul repose sur une formule simple : l'évolution du pouvoir d'achat correspond à la différence entre l'évolution du revenu disponible brut des ménages et celle des prix de leur consommation. L'Insee la formule ainsi : « évolution du pouvoir d'achat = évolution du revenu des ménages, moins évolution des prix ». Le revenu retenu est le revenu disponible brut (RDB), défini par l'Insee comme la somme des revenus d'activité (salaires, revenu mixte des non-salariés), des revenus du patrimoine (intérêts, dividendes, loyers, y compris les loyers imputés aux propriétaires occupants) et des prestations sociales en espèces, une fois retranchés les cotisations sociales et les impôts directs versés.

!

Comment ce chiffre est calculé

L'Insee mesure l'évolution du pouvoir d'achat pour l'ensemble des ménages dans le cadre des comptes nationaux, en retranchant au taux de croissance du revenu disponible brut celui du déflateur de la dépense de consommation finale des ménages. Ce déflateur est proche de l'indice des prix à la consommation (IPC), mais il en diffère : il donne un poids nettement plus important aux loyers, y compris les loyers fictifs que les propriétaires occupants sont réputés se verser à eux-mêmes, et il intègre certains services financiers et d'assurance-vie absents de l'IPC. Le résultat obtenu est un pouvoir d'achat agrégé, pour l'ensemble des ménages résidant en France. Pour l'approcher d'une échelle individuelle, l'Insee le rapporte ensuite à des unités démographiques : par habitant, par ménage, ou par unité de consommation.

Cette méthode explique pourquoi l'évolution du pouvoir d'achat publiée par l'Insee ne se limite jamais aux seuls salaires : les pensions de retraite, les allocations chômage, les prestations familiales ou les revenus du patrimoine entrent tous dans le calcul, au même titre que les revenus du travail. Une hausse des prestations sociales ou une baisse des impôts se traduit ainsi, toutes choses égales par ailleurs, par une hausse du pouvoir d'achat, même sans la moindre augmentation de salaire.

À quoi sert le pouvoir d'achat par unité de consommation ?

Le pouvoir d'achat du revenu disponible brut de l'ensemble des ménages est un total national. Or la population française augmente d'environ 0,4 % par an, et la taille moyenne des ménages tend à diminuer avec la progression des familles monoparentales et des personnes vivant seules. Pour refléter la situation individuelle moyenne, l'Insee calcule donc un pouvoir d'achat par unité de consommation (UC), l'indicateur le plus souvent cité et diffusé environ soixante jours après la fin de chaque trimestre.

La notion d'unité de consommation applique une échelle d'équivalence, dite de l'OCDE, à chaque ménage : le premier adulte compte pour 1 UC, chaque personne supplémentaire de 14 ans ou plus pour 0,5 UC, et chaque enfant de moins de 14 ans pour 0,3 UC. Cette pondération traduit le fait que les besoins d'un ménage n'augmentent pas en stricte proportion de sa taille : vivre à plusieurs permet de mutualiser certaines dépenses, comme l'abonnement internet, l'électroménager ou le chauffage, sans qu'il soit nécessaire de multiplier ces biens par le nombre d'occupants pour garder le même niveau de vie.

!

Exemple concret

Prenons un couple avec un adolescent de 16 ans et une enfant de 9 ans. Ce foyer compte 1 UC pour le premier adulte, 0,5 UC pour le second adulte, 0,5 UC pour l'adolescent et 0,3 UC pour l'enfant, soit 2,3 UC au total. Si le revenu disponible brut de ce ménage s'élève à 4 600 euros par mois, son pouvoir d'achat exprimé par UC s'établit à 4 600 divisé par 2,3, soit 2 000 euros par UC. Un couple sans enfant avec le même revenu de 4 600 euros ne compte que 1,5 UC, ce qui lui donne un pouvoir d'achat par UC de 3 067 euros, nettement supérieur à situation de revenu identique. C'est cette différence que l'unité de consommation permet de faire apparaître.

Pouvoir d'achat des ménages : revenu arbitrable et dépenses pré-engagées

Le pouvoir d'achat du revenu disponible brut reste un indicateur macroéconomique, calculé pour l'ensemble des ménages à partir d'agrégats de comptabilité nationale. Pour se rapprocher du vécu des Français, l'Insee calcule un second indicateur : le revenu et le pouvoir d'achat « arbitrables ». Il s'agit du revenu disponible, une fois déduites les dépenses pré-engagées, c'est-à-dire les dépenses réalisées dans le cadre d'un contrat difficilement renégociable à court terme.

Qu'est-ce que le revenu arbitrable ?

Selon la définition de l'Insee, les dépenses pré-engagées regroupent les dépenses liées au logement (y compris les loyers imputés aux propriétaires occupants, l'eau, le gaz, l'électricité et les autres combustibles), les services de télécommunications, les frais de cantine, les services de télévision, les assurances hors assurance-vie, et les services financiers. Une fois ces dépenses retranchées du revenu disponible brut, il reste le revenu arbitrable, celui sur lequel le ménage garde une marge de manœuvre pour choisir librement sa consommation ou son épargne.

Le pouvoir d'achat arbitrable réagit en général plus fortement que le pouvoir d'achat du revenu disponible brut, dans un sens comme dans l'autre, car il est rapporté à une base plus étroite. Le tableau suivant, construit à partir des données longues de l'Insee, illustre cet écart sur une décennie.

AnnéePouvoir d'achat du RDBPouvoir d'achat arbitrable
2018+0,9 %+0,6 %
2019+2,6 %+3,1 %
2020+0,2 %+0,3 %
2021+3,4 %+3,6 %
2022+0,4 %+0,1 %
2023+1,0 %+1,3 %
2024+2,7 %+3,8 %
2025-0,4 %-1,1 %

Source : Insee, « Évolution de la dépense et du pouvoir d'achat des ménages », données annuelles de 1960 à 2025, publiées le 29 mai 2026.

En 2025, le pouvoir d'achat arbitrable recule ainsi presque trois fois plus vite (-1,1 %) que le pouvoir d'achat du revenu disponible brut total (-0,4 %), preuve que la partie du budget sur laquelle les ménages gardent un vrai choix est celle qui s'est le plus contractée cette année-là.

Comment le pouvoir d'achat a-t-il évolué depuis 2020 ?

Depuis le début des années 2000, selon l'Insee, le pouvoir d'achat par unité de consommation a progressé en moyenne de 0,8 % par an, avec de fortes disparités entre périodes : dynamique avant la crise financière de 2008-2009, il a ensuite reculé jusqu'en 2013, avant de retrouver une croissance plus modeste entre 2014 et 2021, puis de stagner en 2022 et 2023 sous l'effet de la poussée inflationniste liée à la guerre en Ukraine.

AnnéePouvoir d'achat par UCRevenus d'activitéRevenus du patrimoinePrestations socialesImpôts courantsPrix de la consommation
2020-0,3 %-2,1-0,4+2,9+0,6-0,8
2021+2,9 %+4,6+1,5-0,7-0,6-1,4
2022-0,3 %+4,5+1,4+0,7-1,2-4,9
2023+0,4 %+3,4+3,2+1,9-0,4-7,1
2024+2,2 %+1,7+1,4+2,2-0,4-2,2
2025-0,7 %+1,0-0,9+0,9-0,6-0,8

Source : Insee, Insee Première n° 2105, « Les comptes de la Nation en 2025 », mai 2026 (contributions à l'évolution du pouvoir d'achat par unité de consommation, en points).

Ce tableau montre bien qu'aucun facteur n'agit seul : en 2022, la forte hausse des prix (-4,9 points de contribution) a presque effacé la progression des revenus d'activité, tandis qu'en 2024 le rebond des prestations sociales et le reflux de l'inflation ont porté un net regain du pouvoir d'achat. En 2025, c'est le repli des revenus du patrimoine, et non l'inflation, qui explique l'essentiel du recul.

Pourquoi le pouvoir d'achat mesuré ne correspond pas toujours au ressenti ?

Le chiffre le plus diffusé par l'Insee porte sur le revenu total des ménages résidant en France. Son évolution ne renseigne donc pas directement sur la situation d'un individu en moyenne, pour deux raisons principales : l'augmentation régulière de la population, qui répartit les revenus créés sur un nombre croissant d'habitants, et les changements de mode de vie, notamment la baisse de la taille moyenne des ménages, qui réduit les économies d'échelle réalisées en vivant à plusieurs.

Quelles sont les critiques adressées à cette mesure ?

Selon un billet de blog de l'Insee publié en 2025, plusieurs critiques reviennent régulièrement dans le débat public. Certains proposent d'intégrer une « taxe inflationniste » qui tiendrait compte de l'érosion de l'épargne par l'inflation ; l'Insee constate que son effet reste limité, sauf lors de pics d'inflation très marqués comme en 2022 et 2023. D'autres estiment que les prix de l'immobilier devraient entrer dans le calcul, alors qu'un achat immobilier est comptabilisé comme un investissement des ménages, et non comme une dépense de consommation, dans les comptes nationaux. Selon l'Insee, prendre en compte les prix de l'immobilier réduirait les gains de pouvoir d'achat d'environ 0,1 point par an entre 2000 et 2024, un effet réel mais qui ne suffit pas à expliquer l'écart persistant entre le chiffre officiel et le ressenti des Français.

Au-delà de ces débats méthodologiques, la structure de consommation de chaque foyer joue un rôle décisif dans le ressenti individuel. Un ménage qui consacre une part importante de son budget aux dépenses pré-engagées, comme le logement ou l'énergie, ressent plus durement une accélération de ces postes qu'un ménage aux revenus plus élevés, pour qui ces mêmes dépenses pèsent proportionnellement moins. C'est particulièrement vrai pour les ménages dont le niveau de vie se situe près du seuil de pauvreté, où les dépenses contraintes peuvent représenter une part très majoritaire du budget. À l'inverse, les pensions de retraite et les autres prestations sociales, revalorisées chaque année sur l'inflation passée, protègent une partie des ménages avec un décalage temporel qui peut lui aussi nourrir un sentiment de retard par rapport aux prix.

Enfin, une hausse générale du pouvoir d'achat moyen n'exclut jamais des situations individuelles très différentes. Les ménages les plus exposés aux difficultés du marché du travail, notamment lorsque le taux de chômage augmente, voient leurs revenus d'activité stagner ou reculer, quand bien même l'indicateur agrégé progresserait grâce aux revenus d'autres catégories de ménages.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le pouvoir d'achat, en une phrase ?

Selon l'Insee, le pouvoir d'achat correspond au volume de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter. Il augmente quand les revenus progressent plus vite que les prix, et diminue dans le cas contraire.

Comment l'Insee calcule-t-il le pouvoir d'achat ?

L'évolution du pouvoir d'achat se calcule en retranchant, à l'évolution du revenu disponible brut des ménages, celle du déflateur de la dépense de consommation finale des ménages, un indice de prix proche de l'indice des prix à la consommation mais qui accorde un poids plus important aux loyers.

Qu'est-ce que le pouvoir d'achat par unité de consommation ?

C'est le pouvoir d'achat du revenu disponible brut rapporté au nombre d'unités de consommation du ménage : 1 UC pour le premier adulte, 0,5 UC pour chaque autre personne de 14 ans ou plus, 0,3 UC par enfant de moins de 14 ans. Il permet de tenir compte de la taille et de la composition des foyers.

Quelle est la différence entre pouvoir d'achat et pouvoir d'achat arbitrable ?

Le pouvoir d'achat arbitrable est calculé à partir du revenu disponible une fois déduites les dépenses pré-engagées (logement, énergie, télécommunications, assurances). En 2025, il recule plus fortement (-1,1 %) que le pouvoir d'achat du revenu disponible brut total (-0,4 %), selon l'Insee.

Le pouvoir d'achat des Français a-t-il baissé en 2025 et 2026 ?

Oui selon l'Insee : le pouvoir d'achat par unité de consommation recule de 0,7 % sur l'ensemble de 2025, après +2,2 % en 2024, et il continue de reculer au premier semestre 2026 (-0,2 % au premier trimestre, -0,6 % au deuxième trimestre).

Pourquoi le pouvoir d'achat officiel ne correspond-il pas au ressenti des ménages ?

Le chiffre publié par l'Insee est une moyenne nationale, calculée pour l'ensemble des ménages. Il ne rend pas compte des situations individuelles, très diverses selon les revenus, la structure de consommation de chaque foyer et le poids de ses dépenses pré-engagées.

Le pouvoir d'achat reste un indicateur agrégé, construit pour décrire une tendance d'ensemble, pas la situation exacte d'un foyer en particulier. Sa force tient à sa disponibilité rapide et à son ancrage dans les comptes nationaux ; sa limite tient à ce qu'aucune moyenne ne peut représenter la diversité des budgets réels. Lire ce chiffre correctement suppose donc de toujours regarder ce qui le compose, revenus d'activité, prestations, patrimoine, impôts et prix, plutôt que le seul pourcentage final.

Tous les chiffres clés de l'économie française sont réunis sur la page d'accueil.

Portrait de Gaspard Mérindol

Gaspard Mérindol, rédacteur en chef. Journaliste économique, il explique l'économie française avec les chiffres officiels : dette, emploi, salaires, prix. Chaque donnée est datée et sourcée.