Prix & niveau de vie

Taux de pauvreté par département : les territoires les plus touchés

Taux de pauvreté par département : pourquoi aucun classement officiel chiffré n'existe, ce que montre la carte Insee des territoires.

Taux de pauvreté par département : les territoires les plus touchés

Les chiffres à retenir

  • En France, 15,4 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2024, soit 9,8 millions de personnes, selon l'Insee
  • Il n'existe pas de table officielle unique donnant un taux de pauvreté précis pour chacun des 101 départements à la même date
  • L'Insee publie en revanche des écarts territoriaux marqués à l'échelle des aires d'attraction des villes : moins de 6 % à Morteau (Doubs) ou Cugand (Vendée), plus de 30 % à Bohain-en-Vermandois et dans plusieurs territoires d'outre-mer
  • Le jeu de données data.gouv.fr sur les indicateurs territoriaux de précarité permet d'aller à l'échelle du département, de l'EPCI ou de la commune
  • Le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian s'établissait à 1 337 euros par mois pour une personne seule en 2024

Non, il n'existe pas de classement officiel unique donnant un taux de pauvreté précis pour chacun des 101 départements français à la même date. L'Insee publie en revanche un chiffre national solide (15,4 % de la population sous le seuil de pauvreté en 2024, selon l'Insee Première du 9 juillet 2026) et des données territoriales plus fines, à l'échelle des aires d'attraction des villes ou via un jeu de données dédié à la précarité par département, qui révèlent des écarts considérables entre les territoires.

Ce chiffre s'inscrit dans le dossier prix et niveau de vie du site, aux côtés du niveau de vie médian et du seuil de pauvreté national, deux indicateurs indispensables pour comprendre pourquoi la pauvreté se mesure d'abord au niveau national avant de se décliner par territoire.

Qu'est-ce que le taux de pauvreté, exactement ?

Le taux de pauvreté mesure la part de la population dont le niveau de vie se situe sous un seuil fixé en proportion du niveau de vie médian de l'ensemble de la population. En France, le seuil le plus utilisé correspond à 60 % de ce niveau de vie médian. Selon l'Insee Première « Niveau de vie et pauvreté en 2024 », publié le 9 juillet 2026, ce seuil s'établissait à 1 337 euros par mois pour une personne seule en 2024. Avec ce seuil, le taux de pauvreté reste stable à 15,4 % en 2024, ce qui représente 9,8 millions de personnes.

Un an plus tôt, en 2023, les données publiées par l'Insee à partir de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) donnaient un seuil de 1 288 euros par mois pour une personne seule, un couple sans enfant à 1 932 euros, avec 386 euros supplémentaires par enfant de moins de 14 ans et 644 euros par enfant plus âgé. Le taux de pauvreté à 60 % atteignait alors 15,4 %, après 14,4 % en 2022, soit le niveau le plus haut observé depuis 1996.

AnnéeTaux de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian
202214,4 %
202315,4 %

Source : Insee, enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), France métropolitaine, logements ordinaires.

Taux de pauvreté en France métropolitaine
Voir la publication d'origine · graphique État des lieux

Ce taux national est le chiffre de référence cité par toutes les administrations et les organismes sociaux. Mais il ne dit rien, à lui seul, de la situation d'un département en particulier : c'est pour cela que les lecteurs cherchent une « carte pauvreté France » ou un classement par territoire.

Pourquoi n'existe-t-il pas de classement officiel et actualisé par département ?

Le taux de pauvreté national à 15,4 % provient de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), qui porte sur un échantillon représentatif de la population et permet de produire un chiffre fiable au niveau national, mais pas un chiffre robuste et récent pour chacun des 101 départements à la fois. Pour descendre à l'échelle locale, l'Insee et ses partenaires utilisent d'autres sources, avec des millésimes différents et donc impossibles à comparer directement entre elles.

Le jeu de données publié sur data.gouv.fr, intitulé « Indicateurs territoriaux de précarité par commune, EPCI, département et région », illustre bien cette contrainte. Il met à disposition des indicateurs de niveau de vie, de pauvreté monétaire, de recours au RSA, de difficultés d'insertion des jeunes et d'écarts de rémunération entre femmes et hommes, à l'échelle de la commune, de l'EPCI, du département et de la région. Mais les millésimes varient selon les sources mobilisées : le Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) de l'Insee pour 2021, des données Insee de 2022, des données de la Caf de 2024 et des données issues des Déclarations annuelles de données sociales (DADS) de l'Insee pour 2023. Un même classement départemental mélange donc, selon l'indicateur choisi, des années différentes.

C'est la raison pour laquelle ce site préfère présenter le chiffre national daté et sourcé, puis détailler les écarts territoriaux documentés par l'Insee à une échelle géographique fine, plutôt que de publier un tableau de 101 lignes dont chaque valeur proviendrait d'une année différente.

Ce que montre la carte de la pauvreté en France, selon l'Insee

Dans sa publication « Niveau de vie et pauvreté par catégorie de communes », l'Insee analyse les écarts territoriaux à l'échelle des aires d'attraction des villes, un découpage plus fin que le département. Les résultats sont nets : les niveaux de vie médians les plus élevés se trouvent dans les aires qui bordent la Suisse, où travaillent de nombreux frontaliers, avec 32 620 euros dans l'aire de Morteau et 32 570 euros dans la partie française de l'aire de Genève-Annemasse.

À l'inverse, les niveaux de vie médians les plus faibles se situent dans les départements d'outre-mer et dans les aires de la région Hauts-de-France, notamment celles de Bohain-en-Vermandois, de Bruay-la-Buissière et de Fourmies. Sur le taux de pauvreté lui-même, l'écart est tout aussi marqué : il est inférieur à 6 % dans les aires de Morteau, dans le Doubs, et de Cugand, en Vendée, mais il dépasse 30 % dans l'aire de Bohain-en-Vermandois, dans deux des trois aires de la Martinique et dans toutes celles de La Réunion.

Ces chiffres confirment une géographie de la pauvreté en France assez constante dans les analyses officielles : un gradient défavorable aux territoires d'outre-mer et à certains bassins industriels du nord de la France, et favorable aux zones frontalières et à une partie de l'ouest du pays. Pour les inégalités de revenus en France, ce même gradient se retrouve également dans les écarts de niveau de vie entre régions.

Y a-t-il un département le plus pauvre de France ?

Les données lues pour cet article ne permettent pas d'affirmer, avec un chiffre officiel daté et comparable, quel département précis détient le taux de pauvreté le plus élevé de France à une date donnée. Ce que montrent les publications de l'Insee, c'est que les taux de pauvreté les plus hauts se concentrent structurellement dans les territoires ultramarins : au moins deux des trois aires d'attraction de la Martinique et la totalité de celles de La Réunion dépassent 30 % de taux de pauvreté, un niveau sans équivalent en métropole dans les données consultées.

En métropole, l'aire de Bohain-en-Vermandois, dans les Hauts-de-France, figure parmi les rares territoires à dépasser également ce seuil de 30 %, ce qui en fait, parmi les données disponibles, l'un des territoires métropolitains les plus touchés par la pauvreté monétaire. Pour obtenir un chiffre précis département par département, avec un millésime homogène, la ressource la plus pertinente reste le jeu de données data.gouv.fr déjà cité, qui descend jusqu'à l'échelle départementale, mais dont les millésimes diffèrent selon l'indicateur retenu.

Pour un point de comparaison national plutôt qu'un classement territorial, le niveau de vie médian publié par l'Insee pour 2024 reste la référence la plus récente et la plus solide.

Les différents seuils de pauvreté, et pourquoi ils changent le résultat

Le choix du seuil modifie fortement le nombre de personnes comptées comme pauvres. En 2023, l'Insee calculait, outre le seuil à 60 % (1 288 euros par mois pour une personne seule), un seuil à 50 % du niveau de vie médian, à 1 073 euros, et un seuil à 40 %, à 859 euros. Plus le seuil retenu est bas, plus la population considérée comme pauvre est restreinte, mais plus sa situation est sévère.

Seuil (2023)Montant mensuel pour une personne seule
60 % du niveau de vie médian1 288 €
50 % du niveau de vie médian1 073 €
40 % du niveau de vie médian859 €

Source : Insee, enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) 2023.

Seuils de pauvreté en 2024, par mois
Voir la publication d'origine · graphique État des lieux

Pour un couple sans enfant, le seuil à 60 % atteignait 1 932 euros par mois en 2023, avec une majoration de 386 euros par enfant de moins de 14 ans et de 644 euros par enfant de 14 ans ou plus. Ces montants, exprimés par unité de consommation, servent de base à toutes les comparaisons territoriales, y compris celles qui s'intéressent à la pauvreté par région plutôt que par département.

Comment a évolué le niveau de vie médian national ?

Le niveau de vie médian annuel par unité de consommation s'établissait à 25 760 euros en 2023, selon l'Insee. En 2024, il progresse à 2 228 euros par mois, en hausse de 1,8 % en euros constants selon l'Insee Première du 9 juillet 2026. Cette hausse du niveau de vie médian national ne se traduit pas automatiquement par une baisse du taux de pauvreté, puisque ce dernier reste stable à 15,4 % sur la même période : quand le niveau de vie médian augmente, le seuil de pauvreté, qui en est une fraction, augmente aussi.

L'indice de Gini, qui mesure la concentration des niveaux de vie sur une échelle de 0 (égalité parfaite) à 1 (inégalité maximale), s'établissait à 0,297 en 2023. Ces indicateurs complètent le taux de pauvreté pour décrire les inégalités de niveau de vie, sans se substituer à lui.

Un exemple concret pour comprendre l'écart

Prenons le cas d'un salarié rémunéré au Smic, dont le montant net mensuel atteint 1 477,93 euros depuis le 1er juin 2026, selon service-public.gouv.fr. Ce montant reste proche du seuil de pauvreté à 60 % pour une personne seule, fixé à 1 337 euros par mois en 2024 selon l'Insee. Cet écart paraît confortable sur le papier, mais il montre à quel point un salarié seul au Smic reste proche du seuil de pauvreté : une baisse d'activité, un passage à temps partiel ou une charge de famille suffisent à faire basculer son niveau de vie sous ce seuil, une fois le revenu rapporté par unité de consommation.

Pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans, le seuil à 60 % atteignait, en 2023, 1 932 euros pour le couple, majorés de 386 euros par enfant, pour que le foyer ne soit pas considéré comme pauvre. Deux salariés rémunérés au Smic, même en additionnant leurs revenus nets, se rapprochent de ce total sans forcément le dépasser une fois les unités de consommation réellement appliquées, ce qui illustre pourquoi la composition familiale pèse autant que le niveau de revenu dans le calcul du taux de pauvreté.

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Comment ce chiffre est calculé

Le taux de pauvreté monétaire officiel est calculé par l'Insee à partir de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), sur le champ de la France métropolitaine et des logements ordinaires. Le niveau de vie de chaque personne correspond au revenu disponible de son ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (uc) du ménage, une échelle qui attribue 1 uc au premier adulte, 0,5 uc aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 uc aux enfants de moins de 14 ans. Le seuil de pauvreté retenu par défaut en France correspond à 60 % du niveau de vie médian de l'ensemble de la population. Le taux de pauvreté est la part de personnes dont le niveau de vie se situe sous ce seuil. À l'échelle locale (commune, EPCI, département), l'Insee s'appuie sur une autre source, le Fichier localisé social et fiscal (Filosofi), dont les millésimes diffèrent de ceux de l'ERFS nationale, ce qui explique les écarts de date entre le chiffre national et les données territoriales.

Ce que le taux de pauvreté ne mesure pas

Le taux de pauvreté monétaire officiel exclut plusieurs populations et plusieurs dimensions de la précarité. Il porte sur les logements ordinaires, ce qui écarte les personnes sans domicile et celles qui vivent en collectivité (foyers, résidences, établissements de santé). Il mesure un revenu, pas un patrimoine : une personne propriétaire sans dette, avec un faible revenu, peut être comptée comme pauvre au sens monétaire sans connaître les mêmes difficultés qu'une personne locataire avec le même revenu. Il ne capture pas non plus le coût de la vie local : un même niveau de vie n'a pas le même pouvoir d'achat réel selon que l'on vit dans une zone où le logement est cher ou non, ce que l'indicateur de pouvoir d'achat permet de nuancer à l'échelle nationale, mais rarement à l'échelle locale.

Enfin, le taux de pauvreté est un indicateur de stock à une date donnée : il ne dit rien sur la durée pendant laquelle une personne reste sous le seuil, ni sur les trajectoires individuelles (entrée, sortie, pauvreté récurrente). Il se complète, pour une vision plus fine, par l'intensité de la pauvreté, qui mesure l'écart entre le niveau de vie des personnes pauvres et le seuil de pauvreté lui-même, un indicateur que l'Insee publie également dans ses analyses par catégorie de communes.

Le cas particulier des territoires d'outre-mer

Les comparaisons nationales et départementales intègrent rarement, de façon homogène, l'ensemble des départements d'outre-mer. Comme indiqué plus haut, ces territoires figurent, selon les données de l'Insee sur les aires d'attraction des villes, parmi ceux où le taux de pauvreté est le plus élevé. Ils connaissent par ailleurs des structures économiques, démographiques et de coût de la vie différentes de celles de la métropole, ce qui limite la pertinence d'un classement unique mêlant métropole et outre-mer sans distinction méthodologique.

Questions fréquentes

Quel est le taux de pauvreté en France en 2026 ?

Le dernier chiffre disponible porte sur l'année 2024 : selon l'Insee, publié le 9 juillet 2026, le taux de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian est stable à 15,4 %, ce qui représente 9,8 millions de personnes.

Existe-t-il une carte officielle de la pauvreté par département ?

Il n'existe pas de carte nationale unique, avec un seul millésime, donnant un taux de pauvreté précis pour chaque département. L'Insee publie en revanche des données à l'échelle des aires d'attraction des villes, et un jeu de données complémentaire, disponible sur data.gouv.fr, descend jusqu'au département, mais avec des millésimes qui varient selon l'indicateur.

Quel est le département le plus pauvre de France ?

Les sources officielles consultées ne donnent pas de classement précis et daté par département. Elles montrent cependant que les taux de pauvreté les plus élevés, au-delà de 30 %, se concentrent dans les territoires d'outre-mer, notamment en Martinique et à La Réunion, ainsi que dans certaines aires du nord de la France comme Bohain-en-Vermandois.

Quel est le seuil de pauvreté en France ?

En 2024, le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian s'établit à 1 337 euros par mois pour une personne seule, selon l'Insee. En 2023, ce même seuil était de 1 288 euros, avec 1 932 euros pour un couple sans enfant.

Pourquoi le taux de pauvreté varie-t-il autant selon le territoire ?

Le taux de pauvreté dépend du niveau de vie local, lui-même lié à l'emploi, à la structure économique et aux prix du logement. L'Insee observe par exemple des niveaux de vie médians élevés dans les aires frontalières de la Suisse, où travaillent de nombreux frontaliers, et des niveaux de vie plus faibles dans certaines aires des Hauts-de-France et des départements d'outre-mer.

Le taux de pauvreté mesure-t-il la précarité dans son ensemble ?

Non. Il mesure un revenu rapporté à un seuil, pour les personnes vivant en logement ordinaire. Il ne tient pas compte du patrimoine, exclut les personnes sans domicile et celles vivant en collectivité, et ne mesure pas la durée pendant laquelle une personne reste sous le seuil.

Au final, la question du taux de pauvreté par département se heurte à une limite réelle des données publiques françaises : le chiffre national est solide et actualisé chaque année, mais sa déclinaison fine par territoire repose sur des sources à millésimes différents, ce qui interdit de produire un classement rigoureux des 101 départements à une même date. Les écarts documentés par l'Insee, entre les aires frontalières de la Suisse et certains territoires du nord de la métropole ou d'outre-mer, suffisent cependant à montrer que la pauvreté monétaire en France reste très inégalement répartie sur le territoire, et que cette géographie mérite d'être lue avec ses sources plutôt qu'avec un tableau tout fait.

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Portrait de Gaspard Mérindol

Gaspard Mérindol, rédacteur en chef. Journaliste économique, il explique l'économie française avec les chiffres officiels : dette, emploi, salaires, prix. Chaque donnée est datée et sourcée.