
Les chiffres à retenir
- L'inflation a quatre moteurs principaux : la demande excédentaire, la hausse des coûts de production, la création monétaire et les anticipations des agents économiques, qui se combinent rarement de façon isolée
- En France, l'inflation s'établit à 2,4 % sur un an en août 2026 selon l'Insee, après 2,1 % en juillet, une accélération tirée essentiellement par l'énergie (+16,7 % sur un an)
- L'inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l'énergie et de l'alimentation, ressort à 1,1 % en août 2026, un niveau nettement plus bas que l'inflation totale
- Entre 2022 et 2024, l'inflation moyenne annuelle est passée de 5,2 % à 4,9 % puis à 2,0 %, selon l'Insee, illustrant un reflux progressif après le choc énergétique
- L'inflation n'est jamais due à une cause unique : elle résulte presque toujours d'une combinaison de chocs d'offre, de pressions de la demande et de dynamiques monétaires qui s'entretiennent mutuellement
Les causes de l'inflation se résument à quatre mécanismes qui se combinent : une demande qui dépasse ce que l'économie peut produire, une hausse des coûts de production (énergie, matières premières, salaires), une création monétaire trop abondante par rapport à la richesse réelle, et des anticipations qui poussent les acteurs économiques à augmenter leurs prix par avance. En France, l'inflation mesurée par l'Insee s'élève à 2,4 % sur un an en août 2026, après 2,1 % en juillet, une accélération due principalement à l'énergie.
Ce chiffre s'inscrit dans le dossier prix et niveau de vie du site, qui suit aussi le pouvoir d'achat et le taux d'épargne des ménages, deux indicateurs directement liés à la hausse des prix.
Quelles sont les quatre grandes causes de l'inflation ?
Les économistes distinguent traditionnellement quatre grandes familles d'explications à la hausse générale et durable des prix. Elles ne s'excluent pas : la plupart des épisodes inflationnistes observés en France et en Europe depuis 2021 combinent plusieurs de ces mécanismes à des degrés différents selon les mois.
La demande excédentaire
La première explication, dite keynésienne, part d'un constat simple. Lorsque la demande de biens et de services dépasse les capacités de production d'une économie, les entreprises ne peuvent pas produire davantage dans l'immédiat et ajustent leurs prix à la hausse plutôt que leurs volumes. Cette situation se produit par exemple quand les ménages disposent de davantage de revenu disponible, quand l'État augmente ses dépenses, ou quand les taux d'intérêt bas encouragent l'emprunt et la consommation. Au deuxième trimestre 2026, la consommation des ménages rebondit de 0,3 % après un recul de 0,3 % au trimestre précédent, selon l'Insee, un mouvement qui peut à court terme peser sur certains prix si l'offre ne s'ajuste pas aussi vite.
La hausse des coûts de production
La deuxième explication regarde du côté de l'offre. Quand le coût des intrants augmente, qu'il s'agisse de l'énergie, des matières premières, des transports ou des salaires, les entreprises répercutent une partie de cette hausse sur leurs prix de vente pour préserver leurs marges. C'est le mécanisme qui domine très largement l'épisode inflationniste français de 2026 : selon l'Insee, l'accélération de l'inflation en août 2026 s'explique essentiellement par celle des prix de l'énergie, qui grimpent de 16,7 % sur un an après 12,6 % en juillet, eux-mêmes tirés par les produits pétroliers (+5,6 % sur un mois après +2,3 %).
La création monétaire
La troisième explication, portée historiquement par les courants monétaristes, relie l'inflation à la quantité de monnaie en circulation. Si la masse monétaire augmente plus vite que la production réelle de biens et de services, chaque unité de monnaie finit par acheter moins de choses : les prix montent. Ce raisonnement a notamment servi à expliquer les politiques très accommodantes des banques centrales après 2020, qui ont injecté beaucoup de liquidités dans l'économie avant le choc inflationniste de 2022. Les taux directeurs fixés par la Banque centrale européenne agissent en sens inverse : en rendant le crédit plus coûteux, ils freinent la demande de monnaie et donc, en principe, la hausse des prix.
Les anticipations inflationnistes
La quatrième explication est plus comportementale. Si les ménages et les entreprises s'attendent à une hausse des prix, ils ajustent leur comportement en conséquence : les salariés négocient des augmentations de salaire pour préserver leur pouvoir d'achat futur, les entreprises augmentent leurs prix par anticipation des coûts à venir. Cette dynamique peut s'auto-entretenir, un phénomène parfois appelé spirale prix-salaires. Elle explique pourquoi les banques centrales communiquent beaucoup sur leurs objectifs d'inflation : ancrer les anticipations à un niveau bas limite le risque que la hausse des prix se nourrisse d'elle-même.
Pourquoi l'inflation a-t-elle augmenté en France en 2026 ?
Selon l'Insee, l'indice des prix à la consommation (IPC) augmente de 2,4 % sur un an en août 2026, après 2,1 % en juillet. Sur un mois, les prix progressent de 0,7 %, après 0,6 % en juillet. Cette nouvelle accélération mensuelle tient surtout au rebond saisonnier des prix des produits manufacturés (+1,6 % après -2,0 %), en particulier de l'habillement et des chaussures (+7,3 % après -9,8 %), un effet classique de fin des soldes d'été qui n'a rien à voir avec une tendance de fond.
Le tableau ci-dessous détaille la contribution de chaque grand poste de consommation à l'inflation annuelle d'août 2026.
| Poste de dépense | Évolution sur un an, août 2026 | Évolution sur un an, juillet 2026 |
|---|---|---|
| Énergie | +16,7 % | +12,6 % |
| Tabac | +3,3 % | +3,3 % |
| Services | +1,9 % | +2,2 % |
| Alimentation | +1,1 % | +1,0 % |
| Produits manufacturés | -0,4 % | -0,7 % |
| Ensemble de l'IPC | +2,4 % | +2,1 % |
Source : Insee, Informations rapides n° 218, 28 août 2026.
Ce tableau montre un point essentiel pour comprendre les causes de l'inflation actuelle : ce n'est pas l'ensemble des prix qui augmente au même rythme. Les produits manufacturés continuent de baisser sur un an, les services ralentissent (1,9 % après 2,2 %), tandis que l'énergie tire seule l'essentiel de la hausse. L'inflation sous-jacente, qui exclut les prix les plus volatils (énergie et produits frais notamment) pour donner une image plus stable de la tendance de fond, s'établit à 1,1 % en août 2026, après 1,3 % en juillet, soit un niveau plus de deux fois inférieur à l'inflation totale.
Cette différence entre inflation totale et inflation sous-jacente est précieuse pour identifier la cause dominante d'un épisode inflationniste : quand l'écart est important, comme c'est le cas en août 2026, la hausse des prix est principalement un choc de coûts localisé sur l'énergie, et non une surchauffe généralisée de la demande ou une dérive monétaire durable.
D'où vient la hausse des prix de l'énergie, premier moteur de l'inflation actuelle ?
En rythme mensuel, les prix de l'énergie progressent de 3,4 % en août 2026, après 2,3 % en juillet, tirés par les produits pétroliers (+5,6 % après +2,3 %). Sur un an, la hausse atteint 16,7 %. Cette dynamique illustre l'inflation importée : la France ne produit ni le pétrole ni la majeure partie du gaz qu'elle consomme, si bien que les prix de ces énergies dépendent largement des marchés internationaux et du taux de change de l'euro. Quand ces prix mondiaux augmentent, le coût se répercute mécaniquement sur les factures des ménages et sur les coûts de production des entreprises, qui les répercutent elles-mêmes, en partie, sur leurs propres prix de vente.
C'est le même mécanisme de coûts, à une tout autre échelle, qui avait porté l'inflation à des niveaux inédits en 2022 et 2023. Selon l'Insee, l'inflation moyenne annuelle s'est établie à 5,2 % en 2022 et 4,9 % en 2023, avant de refluer nettement à 2,0 % en 2024. Ce retour progressif vers des niveaux plus bas montre qu'un choc de coûts, même violent, finit par se dissiper lorsque les prix de l'énergie et des matières premières se stabilisent, contrairement à une inflation purement monétaire ou liée aux anticipations, qui peut s'installer plus durablement si rien ne vient l'ancrer.
| Période | Inflation (IPC) |
|---|---|
| 2022 (moyenne annuelle) | +5,2 % |
| 2023 (moyenne annuelle) | +4,9 % |
| 2024 (moyenne annuelle) | +2,0 % |
| Juillet 2026 (glissement annuel) | +2,1 % |
| Août 2026 (glissement annuel) | +2,4 % |
Source : Insee, Insee Première « Niveau de vie et pauvreté en 2024 » (juillet 2026) pour 2022-2024 ; Informations rapides n° 218 (28 août 2026) pour 2026.
Comment l'inflation est-elle calculée ?
L'Insee mesure l'inflation à partir de l'indice des prix à la consommation (IPC), qui suit l'évolution du prix d'un panier de biens et de services représentatif des achats des ménages résidant en France. Chaque produit du panier reçoit une pondération qui reflète son poids réel dans le budget des familles : le logement et l'énergie pèsent davantage que les loisirs, par exemple. L'indice est relevé chaque mois, dans les points de vente physiques et en ligne, puis comparé au même mois de l'année précédente pour obtenir le taux d'inflation en glissement annuel. L'Insee publie aussi un indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), construit selon une méthode commune aux pays européens pour permettre les comparaisons internationales : il ressort à 2,6 % sur un an en août 2026, après 2,4 % en juillet. L'inflation sous-jacente, calculée en retirant les prix de l'énergie et des produits frais, dont les variations sont jugées trop erratiques pour refléter une tendance durable, complète cette mesure officielle.
Quel est l'impact de l'inflation sur le pouvoir d'achat et l'épargne des ménages ?
L'inflation ne se contente pas d'augmenter les prix affichés : elle réduit mécaniquement ce que chaque euro de revenu permet d'acheter, si les revenus n'augmentent pas au même rythme. Au deuxième trimestre 2026, le pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages par unité de consommation recule nettement, de 0,6 %, après une baisse de 0,2 % au premier trimestre, selon l'Insee. Dans le même temps, le taux d'épargne des ménages, c'est-à-dire la part de leur revenu disponible brut qu'ils ne consomment pas, se replie à 17,2 % au deuxième trimestre 2026, après 17,9 % au trimestre précédent.
Ce lien entre inflation et pouvoir d'achat n'est pas systématique : il dépend de la vitesse à laquelle les revenus s'ajustent. En 2024, année de net reflux de l'inflation (2,0 % en moyenne après 4,9 % en 2023), le niveau de vie médian a progressé de 1,8 % en euros constants, porté notamment par des hausses de salaires et de pensions de retraite supérieures à l'inflation, selon l'Insee. À l'inverse, en 2023, année d'inflation élevée (4,9 %), le niveau de vie des ménages les plus modestes avait reculé en euros constants, le premier décile baissant de 1,0 %. Cette asymétrie illustre un point souvent négligé : l'inflation ne touche pas tous les ménages de la même façon, selon la structure de leurs dépenses et la rapidité avec laquelle leurs revenus suivent la hausse des prix.
Un exemple permet d'illustrer ce mécanisme sans inventer de montant. Un ménage qui consacre une part importante de son budget à l'énergie, par exemple un foyer vivant en zone rurale et dépendant de sa voiture, subit une inflation personnelle plus proche de la hausse des prix de l'énergie (+16,7 % sur un an en août 2026) que de l'inflation moyenne (+2,4 %). À l'inverse, un ménage dont le budget est concentré sur les services, qui ralentissent sur un an (+1,9 % après +2,2 %), ressent une hausse des prix sensiblement plus modérée que l'indice global ne le laisse penser. L'inflation affichée par l'Insee est une moyenne nationale : l'inflation vécue varie selon le panier réel de chaque foyer.
Ce mécanisme explique aussi pourquoi certains dispositifs sont indexés sur l'inflation passée. Le Smic est revalorisé selon une formule qui tient notamment compte de l'évolution des prix, ce qui explique la hausse de 2,41 % intervenue le 1er juin 2026, portant le taux horaire brut à 12,31 euros. De même, les retraites de base sont revalorisées sur la base de l'inflation de l'année précédente, un mécanisme qui peut créer un décalage temporaire entre la revalorisation perçue et l'inflation réellement observée l'année en cours.
L'inflation, bonne ou mauvaise nouvelle ? Ce qu'il faut nuancer
Une inflation élevée et imprévisible pénalise en premier lieu les ménages dont les revenus progressent plus lentement que les prix, ainsi que les épargnants détenant des liquidités non rémunérées, dont la valeur réelle s'érode. Elle fragilise aussi la compétitivité des entreprises exportatrices si leurs coûts augmentent plus vite que ceux de leurs concurrents étrangers. À l'inverse, une inflation modérée allège mécaniquement le poids réel des dettes contractées à taux fixe, qu'il s'agisse de la dette d'un État ou de celle d'un ménage ayant emprunté pour acheter un logement, puisque le montant à rembourser reste fixe alors que les revenus nominaux progressent avec les prix.
C'est pour cette raison que les banques centrales, dont la Banque centrale européenne, ne cherchent pas à ramener l'inflation à zéro mais à la stabiliser autour d'un niveau bas et prévisible. Une inflation trop faible, voire négative (la déflation), peut elle aussi poser problème : elle incite les ménages à repousser leurs achats en espérant des prix plus bas demain, ce qui freine l'activité économique, et elle alourdit le poids réel des dettes existantes.
Le marché du travail joue également un rôle dans cette équation. Quand le taux de chômage est bas, les salariés sont en meilleure position pour négocier des hausses de salaire, ce qui peut alimenter une inflation par les coûts si ces hausses ne sont pas compensées par des gains de productivité. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage au sens du BIT s'établit à 8,3 % en France hors Mayotte, selon l'Insee, en hausse continue depuis le début de 2025 (7,5 % au premier trimestre 2025). Cette remontée du chômage tend plutôt à desserrer les pressions inflationnistes venant du marché du travail, sans pour autant empêcher l'inflation importée par l'énergie de se maintenir.
Questions fréquentes
Quelle est la cause principale de l'inflation en France en 2026 ?
Selon l'Insee, l'accélération de l'inflation en août 2026 (2,4 % sur un an, après 2,1 % en juillet) s'explique essentiellement par la hausse des prix de l'énergie, qui progressent de 16,7 % sur un an. L'inflation sous-jacente, hors énergie et produits frais, reste nettement plus basse, à 1,1 %.
L'inflation est-elle toujours due à trop de monnaie en circulation ?
Non. La création monétaire est une des causes possibles de l'inflation, mise en avant par les courants monétaristes, mais elle n'explique pas à elle seule tous les épisodes. L'épisode actuel en France tient surtout à un choc de coûts sur l'énergie, pas à une accélération de la masse monétaire.
Pourquoi l'inflation sous-jacente est-elle différente de l'inflation totale ?
L'inflation sous-jacente exclut les prix de l'énergie et des produits frais, jugés trop volatils pour refléter une tendance de fond. En août 2026, elle s'établit à 1,1 % sur un an, contre 2,4 % pour l'inflation totale, selon l'Insee, ce qui montre que la hausse actuelle vient surtout d'un poste particulier et non d'une dérive généralisée des prix.
L'inflation touche-t-elle tous les ménages de la même façon ?
Non. Un ménage qui dépense une part importante de son budget en énergie subit une hausse des prix plus proche de celle de l'énergie (+16,7 % sur un an en août 2026) que de la moyenne nationale (+2,4 %), tandis qu'un ménage davantage tourné vers les services ressent une inflation plus modérée, les services n'augmentant que de 1,9 % sur un an.
Que fait la Banque centrale européenne face à l'inflation ?
La Banque centrale européenne agit sur ses taux directeurs pour influencer le coût du crédit et donc la demande de monnaie dans l'économie. En rendant l'emprunt plus coûteux, elle cherche à freiner la demande globale et à limiter les pressions inflationnistes, tout en évitant une inflation trop basse qui pénaliserait l'activité.
L'inflation d'aujourd'hui est-elle comparable à celle de 2022 et 2023 ?
Non, dans son ampleur. L'inflation moyenne annuelle avait atteint 5,2 % en 2022 et 4,9 % en 2023, avant de refluer à 2,0 % en 2024, selon l'Insee. Le niveau de 2,4 % relevé en août 2026 reste donc nettement inférieur aux pics de 2022-2023, même s'il marque une accélération par rapport aux mois précédents.
Comprendre les causes de l'inflation suppose d'abord d'accepter qu'il n'existe pas une seule explication valable en toutes circonstances. L'épisode français d'août 2026 porte la marque d'un choc de coûts concentré sur l'énergie, pendant que l'inflation sous-jacente reste contenue. Les épisodes de 2022 et 2023 combinaient davantage de facteurs, du choc énergétique aux tensions sur les chaînes d'approvisionnement. Suivre à la fois l'indice global, l'indice sous-jacent et la décomposition par poste de dépense, comme le fait chaque mois l'Insee, reste la façon la plus fiable de savoir d'où vient réellement la hausse des prix, plutôt que de s'en tenir à une explication unique et rassurante.
Sources
- Insee, En août 2026, les prix à la consommation augmentent de 2,4 % sur un an, Informations rapides n° 218
- Insee, Au deuxième trimestre 2026, le PIB est stable et le pouvoir d'achat des ménages recule nettement, Informations rapides n° 212
- Insee Première n° 2117, Niveau de vie et pauvreté en 2024
- Insee Première n° 2063, Niveau de vie et pauvreté en 2023
- Insee, Taux de chômage au sens du BIT, deuxième trimestre 2026
- Service-public.fr, Montant du Smic
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Gaspard Mérindol, rédacteur en chef. Journaliste économique, il explique l'économie française avec les chiffres officiels : dette, emploi, salaires, prix. Chaque donnée est datée et sourcée.


